De la mesure en toutes choses

Billet de POZ

« De la mesure en toute chose » ! Ainsi s’exprimait il y a deux mille ans Horace, pour qui les excès de l’ambition, de la volonté de pouvoir et de la passion étaient sources de tous les déséquilibres et constituaient une menace pour le monde. Avant lui, Protagoras, philosophe présocratique, affirmait de son côté que  « l’Homme est la mesure de toute chose ». Il faisait référence ici à la relation, en désignant ses deux bornes essentielles que sont la limite et la valeur. ProtagorasLa limite, c’est à dire les choses sur lesquels les hommes sont d’accord et celles sur lesquelles ils ne le sont pas ou ne sauraient l’être. La valeur, car s’ils sont d’accord sur une chose, ils lui accordent par voie de conséquence une certaine valeur, ce qui est aussi une façon de se dire l’un et l’autre qu’ils y tiennent. Par la suite, toute autre élément (attitude, comportement, action) pourra être pesé, jugé ou évalué à l’aune de cette valeur reconnue et nommée ensemble. Ainsi, les sociétés établissent les normes de leur vie commune, de leur langage et de leurs pratiques au travers de la quête d’un équilibre entre les désirs et les intérêts de chacun.

Et puis plus récemment,  Issue des lumières et du droit latin, nous avons la doctrine bien connue de « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », qui définira clairement chez l’Homme une volonté d’ordre social. Elle débouchera à la fin du 19ème siècle sur la notion d’abus de droit et sur celle du caractère relatif de la liberté.

….Trouver la mesure,  garder le sens de la mesure, être dans un rapport juste…

Si nous sommes en ce moment collectivement interpellés par toutes ces questions, ceci est probablement à mettre en corrélation avec Jupiter dans le signe de la Balance. La planète est entrée dans ce signe en septembre 2016 et y sera jusqu’en octobre 2017. Nous pouvons le traduire comme étant le signe d’un besoin de relecture du sens de la relation, du vivre ensemble et de l’équité sociale.

Si la Balance symbolise en effet la recherche d’équilibre et d’harmonie, elle s’appuie pour cela sur la loi de mesure, la loi des nombres, le sens des proportions et les rapports justes. Le besoin ou le désir d’esthétique propre au signe exprime cet attrait des rapports justes et harmonieux, que ce soit dans le domaine des relations, des arts ou de l’architecture. Avec le transit de Jupiter en Balance, nous avons l’opportunité  de réfléchir collectivement à ces notions de valeur, de limite, d’harmonie sociale et de rapport juste. C’est dire si la justice est actuellement concernée et sollicitée. Le monde a un besoin urgent de paix et d’équité, c’est évident,  tant les injustices sociales, les rapports de force et les volontés de pouvoir ou d’hégémonie l’entrainent vers des déséquilibres toujours plus grands. On ne peut ici que conseiller la relecture de l’Esprit des Lois de Montesquieu pour mieux comprendre certains des dérèglements actuels de notre société.

Notons aussi que Jupiter est actuellement rétrograde. Ce temps de la rétrogradation favorise le retour sur soi et l’introspection et nous pouvons le mettre à profit pour tenter d’agir sur nos propres déséquilibres (physiques, émotionnels ou mentaux) et leurs conséquences sur nos relations. Ce travail individuel contribuera à sa manière à l’équilibre du monde, ainsi que le montre  l’histoire (vraie) ci-dessous rapportée par  Richard Wihelm  à Jung. 

On peut également méditer sur l’image de Pyrla pyramide, dont la structure exprime la réalité cosmique de la Balance. Sa structure reflète l’harmonie parfaire des nombres: la base  carrée (4) pour la Terre; les 4 triangles (3)  pour le Feu et les autres éléments; 3X4 = les 12 signes du zodiaque. Cette visualisation restaure l’équilibre des énergies.

Voici le texte de Jung:

  Il y eut une grande sécheresse dans la ville où Richard Wilhelm séjournait. Pendant des mois, il ne tomba pas une goutte de pluie et la situation devint catastrophique. Les catholiques firent des processions, les protestants firent des prières, et les chinois brûlèrent des bâtons d’encens et tirèrent des coups de fusil pour effrayer les démons de la sécheresse. Finalement, les chinois se dirent : « Allons chercher le faiseur de pluie », et celui-ci vint de l’une des provinces.
C’était un vieil homme émacié. Il dit que la seule chose qu’il souhaitait était qu’on mette à disposition une petite maison tranquille, et il s’y enferma pendant trois jours. Le quatrième jour, des nuages s’amoncelèrent, et il se produisit une forte chute de neige, à une époque de l’année où aucune neige n’était prévisible, et en quantité inhabituelle. Tant de rumeurs circulèrent au sujet de cet mdlasabiextraordinaire faiseur de pluie que Wilhelm alla voir l’homme, et lui demanda comment il avait fait. En vrai européen, il dit: « Ils vous appellent le faiseur de pluie, pouvez-vous me dire comment vous avez produit de la neige ? » 
Le petit chinois répondit: « Je n’ai pas fait la neige, je n’en suis pas responsable ».

« Mais qu’avez-vous fait durant les trois jours ? » « Oh, cela, je puis vous l’expliquer. C’est simple. Je viens d’un pays où les choses sont ce qu’elles doivent être. Ici les choses ne sont pas dans l’ordre ; elles ne sont pas comme elles devraient être d’après l’ordre céleste, aussi le pays tout entier est-il hors du Tao. Je n’étais pas non plus dans l’ordre naturel des choses, parce que j’étais dans un pays qui n’était pas dans l’ordre. Aussi la seule chose que j’avais à faire était d’attendre trois jours jusqu’à ce que je me retrouve en Tao, et alors, naturellement, le Tao fit la neige. »      Carl Jung – Introduction au Yi King

 

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