Pollution bis

Billet de POZ

Les quatre éléments de la Terre sont pollués. Ces jours-ci l’air est particulièrement irrespirable. Mais il existe une forme de pollution encore plus insidieuse et peut être plus néfaste que les autres. Je veux parler de la pollution mentale. Avons nous idée de la toxicité du mental humain pour la Terre ?  Il suffit pourtant de plonger un instant Terre 1dans les médias pour s’en faire rapidement une idée. Établir la liste des pollutions mentales serait fastidieux et relèverait d’un inventaire à la Prévert. Je me bornerai au principal poison de l’actualité, celui qu’on  nous déverse par tonnes en ce moment et qui a pour nom la paranoïa. Bien que ne possédant nullement l’exclusivité de son brevet, car ce poison est répandu dans toutes les contrées, les américains semble vouloir en faire un cas à part. Sa particularité est d’avoir été inoculé ou distillé très tôt chez le petit d’homme. Lisons un  extrait des « Chroniques » de Bob Dylan, notre nouveau Nobel de littérature, afin de mieux nous en rendre compte:

« En 1951, j’étais à l’école primaire. On nous forçait à nous réfugier sous nos pupitres quand les sirènes hurlaient, parce que les Russes avaient décidé de nous bombarder. Ils pouvaient parachuter des hommes d’un jour à l’autre, disait-on. Les mêmes Russes aux côtés desquels mes oncles s’étaient battus à peine quelques années plus tôt. C’était maintenant des monstres, prêts à nous trancher la gorge et nous réduire en cendres. Ça paraissait bizarre. Un enfant qui se referme ainsi sous un nuage d’angoisse se voit privé de son âme. C’est une chose d’avoir peur quand on braque un fusil sur vous, c’en est une autre quand la menace baigne dans l’irréel. Beaucoup de gens prenaient ces choses-là au sérieux et ça déteignait sur tout le monde, comme quoi il est facile de succomber à d’étranges psychoses. J’avais à l’école les mêmes instituteurs que ma mère. S’ils étaient jeunes à son époque, c’était pour moi des gens âgés. En classe d’histoire, on nous disait que, quoi qu’ils fassent avec leurs bombes et leurs canons, les cocos n’arriveraient jamais à détruire les États-Unis. Qu’il leur faudrait pour cela détruire aussi la Constitution – le texte fondateur de notre pays. Ce qui ne changeait rien à rien. Quand les sirènes d’alarme se déclenchaient, il fallait s’allonger parterre sous les bureaux, ne plus bouger d’un millimètre, se taire. Comme si ça pouvait vous sauver des bombes. Mais une menace d’anéantissement, ça vous fiche la trouille. On ne savait pas ce qu’on avait pu faire pour qu’ils soient fous furieux comme ça. Les rouges étaient partout, répétait-on, assoiffés de sang. Où étaient mes oncles, qui avaient défendu le pays ?  Eh bien, ils travaillaient, ils rapportaient à la maison ce qu’ils touchaient comme salaire, et s’employaient à le faire durer, cet argent. Comment auraient-ils su ce qu’on racontait dans les écoles, les angoisses qu’on provoquait ?

 

Mais l’école était finie et je me trouvais maintenant à New York, où des communistes, il y en avait sûrement partout. Des fascistes, aussi. Des aspirants dictateurs de gauche, des aspirants dictateurs de droite. Des enragés de tout poil. Il fut dit que la Deuxième Guerre mondiale avait marqué de son sceau l’extinction des Lumières. Dans ce cas, je ne me suis aperçu de rien, car je vivais toujours dedans. J’en sentais encore les humeurs, j’en percevais les lueurs. J’avais lu Voltaire, Rousseau, John Locke, Montesquieu, Martin Luther – des visionnaires, des révolutionnaires… je les connaissais presque en personne, ils vivaient au fond du jardin. »

D’après vous, combien de papys et mammys aux US ont vécu cela à l’âge des culottes courtes ?  Si l’on en croit le déferlement de paranoïa anti-russe actuel,  ils sont apparemment nombreux à en avoir perdu le souvenir. Il est  vrai aussi que tous n’ont surement pas effectué comme Bob l’indispensable travail de nettoyage et de dépollution mentale. Quant à lire Voltaire ou Montesquieu…..

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